Oeuvre à la loupe: Esclaves de Michel-Ange

6 janvier 2021 ,

Comme vous avez pu le constater dans mon blog, j’ai une certaine fascination pour l’art Italien, clairement ma période préférée s’étend du XIVe au XVIe siècle…et mon artiste préféré c’est Michel-Ange. Oui je sais, ce n’est pas très original, c’est un artiste des plus connus au monde, mais cet homme, qui a vécu 88 ans, asocial, solitaire, perfectionniste et qui en même temps ne finissait pas ses œuvres, me fascine. C’est notamment ce “non-finito” qui me fascine le plus, et un bel exemple sont les œuvres que je voulais vous présenter dans cet article: l’Esclave mourant et l’esclave rebelle.

Esclave Rebelle et Esclave mourrant, Michel-Ange, 1513-1515. Musée du Louvre, Paris

Mais d’abord, le “non-finito” c’est quoi? Et bien, vous l’avez sûrement deviné – la traduction française n’est pas si compliquée- cela veut dire “non terminé” et peut être traduit dans un contexte artistique par « esthétique de l’inachevé ».

Détail “non-finito” Pietà Rondanini, Michel-Ange, 1552-1564. Château des Sforza, Milan

Ce terme désigne donc des sculptures inachevées par l’artiste, volontairement ou non. Michel-Ange est incontestablement le promoteur de cette esthétique de l’inachevé, même si un grand nombre de circonstances matérielles peuvent expliquer le non finito de beaucoup de ses œuvres: défauts dans le bloc de marbre, décès ou autre, abandon du commanditaire…. Il n’en demeure pas moins qu’il considérait impossible d’atteindre la perfection, et qu’il restait fasciné par l’effet obtenu dans les statues incomplètes « laissant le reste sommeiller dans le marbre ». C’est vraiment  ce que j’adore avec ses sculptures, une part de mystère est laissée à l’œuvre d’art avec cette partie non finie, on dirait que l’artiste va revenir finir l’œuvre, que l’œuvre elle-même se dégage du marbre, se libère.

Projet de monument funéraire pour le pape Jules II par Michel-Ange

Mais alors, qu’en est-il des deux esclaves du Musée du Louvre? Et bien, tout commence en 1503 lorsque le pape Jules II, appelle Michel-Ange à Rome pour concevoir son monument funéraire. Après un premier projet colossal rapidement abandonné, l’artiste conçoit, peu après la mort de Jules II en 1510, un second projet présentant un monument adossé à une paroi comportant des dizaines de figures. Sur cet ensemble, Michel-Ange exécute 3 sculptures: le Moïse (installé cinquante ans après sur le tombeau de Jules II dans l’église de Saint- Pierre- aux liens à Rome) et les deux esclaves du Louvre réalisés à Rome entre 1513 et 1515. En 1515, le projet de la tombe ayant encore été modifié, nos esclaves quittent l’Italie et arrivent à la cour du roi de France par l’intermédiaire d’un l’exilé florentin, Roberto Strozzi. Elles sont ensuite déposées dans les châteaux d’Ecouen et de Richelieu et y resteront jusqu’à ce que le tourbillon révolutionnaire les emporte au Louvre en 1794.

Moïse, Michel-Ange. Tombeau du pape Jules II. Saint Pierre aux liens, Rome
Tombeau du pape Jules II, Saint Pierre aux liens, Rome

Observons l’Esclave rebelle qui, tente de se libérer et fait saillir ses muscles. Il représente une figure athlétique avec un corps en pleine tension. Je n’ai personnellement jamais contemplé de sculpture plus puissante.

Esclave rebelle, Michel-Ange, 1513-1515. Musée du Louvre, Paris
Esclave rebelle, détail

L’Esclave mourant, quant à lui, a ce corps d’adolescent qui allie  souplesse des contours et puissance musculaire. Il est représenté en position frontale, dans un abandon pathétique, il a les yeux clos, l’ensemble de ses forces semble s’être replié à l’intérieur de son corps. Il ne semble pas réellement mourir, mais s’abandonner sensuellement, ou être absorbé par un songe. Tout l’oppose au premier dans la volonté et l’acceptation de l’état de servitude dans lequel ils sont tous deux plongés.

Esclave mourrant, Michel-Ange, 1513-1515, Musée du Louvre, Paris

Pour chacun des Esclaves, le bloc de marbre initial reste visible, particulièrement au dos de la statue où le sculpteur n’a pas dégagé les jambes. Cet inachèvement volontaire permet de comprendre la méthode de travail de Michel-Ange, ce fameux “non finito” et la technique de la taille l’artiste.

Dos de l’Esclave rebelle et l’Esclave mourant, Musée du Louvre

Si vous visitez un jour Florence (peut-être que c’est déjà fait!) et que vous allez voir l’incroyable David à la Galleria dell’Accademia de Florence, vous remarquerez des blocs de marbres qui vous accueilleront dans la salle du David.

Galleria dell’Accademia, Florence

En vous approchant vous verrez que ce sont en réalité d’autres esclaves, réalisés lors d’un autre projet pour le tombeau de Jules II entre 1525 et 1530 et manifestement inachevés. Il existe donc 6 sculptures d’esclaves par Michel-Ange, en voici quelques-unes de la Galerie de l’Académie.

Esclave s’éveillant, Michel-Ange 1525-1530, Galleria dell’Accademia, Florence
Atlas esclave, Michel-Ange 1525-1530, Galleria dell’Accademia, Florence

Pour aller plus loin:

Quand les musées rouvrirons ça sera l’occasion – pour ceux qui le peuvent – d’aller voir l’exposition Le Corps et l’Âme, de Donatello à Michel-Ange où sont actuellement exposées les Esclaves.

Pour ceux qui sont plus cinéma je vous recommande aussi le magnifique film Michel-Ange de Andrei Kontchalovski sorti le 21 octobre 2020: un vrai voyage dans les moments d’angoisse et d’extase de son génie créatif. J’ai adoré!

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