Artiste à la loupe: Le Bernin

15 mars 2021 ,
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Lors de notre visite au Musée du Louvre ou au Château de Versailles, je vous parlerai sans aucun doute d’un artiste qui me tient énormément à cœur: le Bernin. Cet artiste, je l’ai bien évidemment découvert pendant mes études en Histoire de l’art, mais je l’ai aimé, voir adoré, lorsque j’arpentais les salles de la Galerie Borghese à Rome, où j’ai eu la chance de travailler lors de mes études.

Autoportrait, Gian Lorenzo Bernini, 1623. Galleria Borghese, Rome.

Rappelez-vous, je suis une grande fan de l’œuvre sculptée de Michel-Ange (cf l’article sur les Esclaves Mourants). La sculpture en générale me fascine, mais celle du Bernin, c’est un feu d’artifice de fascination. A vrai dire, le Bernin ne cède qu’à un seul artiste, c’est Michel-Ange. 

Gian Lorenzo Bernini, dit en France le Cavalier Bernin est un artiste, sculpteur, architecte, urbaniste italien, qui a su marquer son temps. Son travail est caractérisé par la recherche du mouvement, la torsion des formes, le spectaculaire, les effets d’illusion. Il a créé des œuvres qui ont façonné l’image de Rome et de l’Italie. Des oeuvres, qui ont contribué à définir le baroque italien et qui sont aujourd’hui considérées comme insurpassables.

Autoportrait, le Bernin, ca 1625. Ashmolean Museum, Oxford.

Débuts impressionnants

Le Bernin est né à Naples le 7 décembre 1598. Cependant, dès ses 5 ans il arrive à Rome, à la suite de son père Pietro Bernin. Pietro était un sculpteur maniériste florentin qui travaillait déjà à Rome pour des commandes prestigieuses. Il semblerait donc que le jeune Gian Lorenzo bénéficie très jeune de l’expérience de son père. Ainsi, et grâce à une précocité remarquable il bénéficie également très vite de la protection du neveu du pape le cardinal Scipion Borghèse. Imaginez le génie, il a seulement entre 10 et 15 ans lorsqu’il réalise le groupe de Chèvre Amalthée avec Zeus enfant et un faune.

Chèvre Amalthée avec Zeus enfant et un faune, Bernin. 1608-1615. Galleria Borghese, Rome

La réputation du Bernin se fonde sur l’abandon définitif du style maniériste qui dominait Rome à l’époque. De fait, il impressionne dès son plus jeune âge en créant des œuvres d’une grande liberté de conception avec une exceptionnelle virtuosité technique. Les commandes de Scipione Borghese -ses œuvres les plus anciennes – vont lui faire atteindre une gloire immédiate. Il s’agit des groupes sculptés d’ Enée, Anchise et Ascagne (1619), le Rapt de Proserpine (1622), David (1624) et Apollon et Daphné (1622-1625), que nous pouvons aujourd’hui admirer dans la Galerie Borghese à Rome.

Maître d’œuvre du Saint Siège

En 1624, le nouveau pape Urbain VIII confie au Bernin le soin d’ériger un baldaquin au-dessus de l’autel majeur de Saint-Pierre de Rome. Il s’agit de la première commande officielle du Saint Siège. Elle sera ensuite suivie d’une série de réalisations et de projets par lesquels l’artiste s‘imposera comme le maître d’œuvre attitré du Saint-Siège.

Baldaquin, Basilique St Pierre, Vatican. Bernin 1624

Entre 1647 et 1652, Le Bernin travaille sur son chef-d’œuvre et celui de la sculpture baroque: L’Extase de Sainte Thérèse. La position du corps de sainte Thérèse et l’expression de son visage, ont conduit certains observateurs, tel Jacques Lacan à les expliquer comme le signe d’un moment d’extase sexuelle.

Extase de Sainte Thérèse, chapelle Cornaro de Santa Maria Della Vittoria à Rome.

Ainsi, c’est au cours de cinq pontificats successifs que le Bernin consacre le meilleur de sa prodigieuse activité à la gloire de l’Église. On lui commandera même la construction de la colonnade de la Place Saint Pierre. Néanmoins, ça ne l’empêche pas de répondre aux exigences des grandes familles romaines et de travailler aussi à la gloire de la Ville éternelle. Il réalisera de nombreuses fontaines (ex: Fontaine du Triton, Fontaines des Quatre fleuves…) des palais (ex: Palais Barberini), des tombeaux…

Un court séjour parisien

Le Bernin travaillera toute sa vie à Rome, mais fera néanmoins un petit séjour en France en 1665. Il est invité par Colbert pour le compte du roi de Louis XIV, pour travailler à la restructuration du Louvre. Bernin est reçu comme un prince à Paris et il réalise un buste du roi, qui va énormément plaire. Cependant, aucun de ses projets de façade pour le Louvre ne sera retenu, marquant le début du déclin de l’influence italienne sur l’art architectural français.

Premier projet de façade orientale du Louvre, Bernin 1665. Courtauld Gallery, London

A la suite de cet “insuccès”, il retourne à Rome dès octobre 1665. Cependant et malgré l’échec, le roi qui avait adoré le buste, décide de faire une nouvelle commande à Bernin, en 1667. Il s’agit d’une statue équestre, qui sera reçue par le roi en 1685, après la mort de l’artiste. Malheureusement, c’est encore un échec, la statue équestre sera très mal reçue en France. Par conséquence, on demande à François Girardon de retravailler la sculpture, qu’il maquilla en statue de général romain. Au final, c’est celle que nous connaissons actuellement: Statue équestre de Louis XIV sous les traits de Marcus Curtius, conservée à l’orangerie du château de Versailles. Il existe aussi une copie, “exilée” dans un coin peu prestigieux du Parc de Versailles, ainsi qu’une autre copie, en plomb cette fois, au Louvre, érigée en 1986.

Statue équestre de Louis XIV, copie en plomb érigée en 1986 au Louvre.

Dernière années

Après son court séjour français le Bernin rentre à Rome. Il a alors épuisé ses énergies créatrices, en raison de son âge avancé. La dernière grande entreprise du Bernin fut la création des dix statues d’anges, destinées à être placées sur le pont Sant’Angelo.

Ponte Sant’Angelo, Roma

En 1680, la santé du Bernin, déjà déclinante, est aggravée par une paralysie du bras droit. Il vit sa maladie de manière ironique et ludique, reconnaissant qu’il était juste que sa main droite se repose après tant de travail. Cependant son infirmité s’aggrave et entraîne sa mort le 28 novembre 1680.

Finalement, l’artiste est enterré dans la basilique Sainte-Marie-Majeure de Rome, dans le tombeau familial. Sur l’ordre de Gian Lorenzo lui-même, l’auteur de tant de tombes monumentales et scénographiques, sa sépulture est, au contraire, une pierre tombale très modeste.

Pierre tombale de Gian Lorenzo Bernini, Santa Maria Maggiore. Roma

Aller plus loin

Comme vous avez pu le constaté, il y a tant à voir et tant à discuter sur l’œuvre du Bernin. J’ai donc surtout voulu vous parler de ses œuvres majeures ainsi que celles françaises. En résumé, le Bernin est un artiste de talent et ce depuis son plus jeune âge. A travers (presque) 72 ans de carrière, il su exceller dans tous les domaines auxquels il a touché, en créant de réels chefs-d’œuvre.

Si vous voulez en savoir plus, n’hésitez pas à poser vos questions en commentaire. Je ne peux, bien sûr, que vous recommander d’aller à Rome pour admirer ces chefs-d’œuvre (une fois que nous pourrons de nouveau voyage). En attendant, à la réouverture des musées, je vous parlerai avec plaisir de ma passion pour ce génie et son œuvre lors de mes visites guidées.

Souvenirs de mes années à Rome

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