Femmes artistes : Artemisia Gentileschi

8 mars 2019

«  On ne naît pas artiste, mais on le devient. Du plus loin qu’on s’en souvienne, l’histoire de l’art a été pensée, écrite, publiée, transmise par des hommes. Et quand on est née femme, être artiste, le prouver, y avoir accès, produire, montrer, continuer à le demeurer est un combat permanent, dangereux, épuisant physiquement, intellectuellement et psychiquement. » Laure Adler

A l’occasion de la Journée Internationale de la Femme,  Art Story Walks lance sa nouvelle série d’articles  dédiée aux femmes artistes, souvent mises à l’écart dans l’Histoire de l’Art.

Pourquoi les historiens de l’art ont choisi d’ignorer les artistes femmes, est-ce parce que leur travail n’est pas intéressant ? Ou parce qu’il existe peu d’œuvres d’artistes femmes? Ou est-ce le reflet d’une pensée sociale, comme quoi les femmes ne pouvaient travailler pour la sphère publique?  L’art des femmes a souvent été décrit comme un art sentimental, un art amateur en comparaison avec l’art fait par des hommes.

Autoportrait en joueuse de luth, 1615-1617, Curtis Galeries, Minneapolis

 

Commençons cette série d’article avec une artiste Italienne de l’école caravagesque: Artemisia Gentileschi. Né en 1593 à Rome, elle apprend la peinture avec son père Orazio Gentileschi, un des meilleurs peintres romains de l’époque. La jeune d’Artemisia est cependant marquée par un drame, à l’âge de 17 ans, elle est violée par Agostino Tassi, l’associé de son père. Orazio ordonne à Tassi de l’épouser en réparation – sympa les coutumes de l’époque ! Tassi refuse et s’ensuit un procès lié à jamais au nom de la jeune femme. On la fera même torturer pour s’assurer qu’elle dit vrai. Artemisia gagne son procès mais Tassi ne purgera jamais sa peine.

La même année, juste avant son viol, elle peint Susanne et les vieillards, qui a été sujet à de nombreuses interprétations par des chercheurs femmes, certaines y voit le reflet de la pression de l’homme sur la femme, avant son viol par son prof de peinture, une pression masculine sociale de son époque, sur le point professionnel mais aussi sur le point personnel.

  Suzanne et les vieillards, 1610, Schloss Weissenstein, Pommersfelden

 

Peu après, elle se marie et part vivre à Florence, où elle se forge une solide réputation. Alors que les femmes sont généralement limitées au portrait ou à la nature morte, Artemisa, elle, peint dès ses débuts des sujets bibliques, ou historiques, qui mettent en scène des héroïnes.

Venus endormie, 1625-1630, Richmond, Virginia Museum of fine arts

 

Étant une femme, il était difficile pour elle de trouver des modèles masculins. Cette contrainte a pour conséquence qu’elle utilise sa propre image comme modèle dès ses débuts et ce qui explique le grand nombre de peinture à sujets féminins.

Cléopatre, 1635, Collection Particulière.

Cleopatre ou la Vénus endormie en sont de bons exemples, tout comme sa Judith et Holopherne, tableau dont on a dit beaucoup de choses: qu’Holopherne serait un portrait de Tassi et que la scène pouvait être vu comme un accouchement – regardez les bras et la tête d’Holopherne, maintenant imaginez des jambes à la place des bras- Mais la chose sur laquelle tout le monde s’accorde, c’est que c’est un chef-d’œuvre.

Judith et Holopherne, 1611-12. Museo Nazionale di Capodimonte, Naples

Elle devient même la première femme à rentrer à l’Accademia del Disegno de Florence, elle obtient ainsi l’émancipation, elle peut signer des contrats et voyager sans son mari ! Elle part à Venise, à Londres et puis s’installe à Naples où elle fonde un atelier prospère. Sûre de son art elle fera même son portrait en allégorie de la peinture!

Autoportrait en allégorie de la peinture 1638-39. Collection Royale, Windsor

Seule une femme peut se peindre comme une allégorie de la peinture, car la peinture est une femme. C’est donc une réelle affirmation de la part d’Artemisa Gentileschi, elle incarne la peinture !

Après sa mort en 1653, elle sombre dans l’oubli et nombre de ses œuvres sont attribuées à des hommes. Elle sera redécouverte au XXe siècle mais décrite comme une « enfant lascive et précoce ». 450 ans plus tard son viol fait encore des dégâts sur sa réputation… Il faudra attendre l’intervention d’historiennes féministes dans les années 70 pour voir son œuvre évalué à sa juste valeur.


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